Não, não é cansaço...
Não, não é cansaço...
É uma quantidade de desilusão
Que se me entranha na espécie de pensar,
É um domingo às avessas
Do sentimento,
Um feriado passado no abismo...
Não, cansaço não é...
É eu estar existindo
E também o mundo,
Com tudo aquilo que contém,
Com tudo aquilo que nele se desdobra
E afinal é a mesma coisa variada em cópias iguais.
Não. Cansaço porquê?
É uma sensação abstracta
Da vida concreta —
Qualquer coisa como um grito
Por dar,
Qualquer coisa como uma angústia
Por sofrer,
Ou por sofrer completamente,
Ou por sofrer como...
Sim, ou por sofrer como...
Isso mesmo, como...
Como quê?...
Se soubesse, não haveria em mim este falso cansaço.
(Ai, cegos que cantam na rua,
Que formidável realejo
Que é a guitarra de um, e a viola do outro, e a voz dela!)
Porque oiço, vejo.
Confesso: é cansaço!...
s.d.
Poesias de Álvaro de Campos. Fernando Pessoa. Lisboa: Ática, 1944 (imp. 1993). - 111.
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Traduction de Priscila Junglos
Non, ce n'est pas de la fatigue...
C'est une quantité de désillusion
qui se me faufile dans l'espèce de penser,
C'est un dimanche à l'envers
Du sentiment,
Un jour férié passé à l'abîme...
Non, fatigue ce ne l'est pas...
C'est que je suis en train d'exister
Et le monde aussi,
Avec tout ce qu'il contient,
Avec tout ce que dans lui se déplie
Et finalement c'est la même chose variée en copies égales.
Non. De la fatigue pourquoi ?
C'est une sensation abstraite
De la vie concrète --
N'importe quelle chose comme un cri
À donner,
N'importe quelle chose comme une angoisse
À souffrir,
Ou à souffrir complètement,
Ou à souffrir comme...
Oui, souffrir comme...
C'est ça, comme...
Comme quoi ?...
Si je savais, il n'y aurait en moi cette fausse fatigue.
(Aïe, aveugles qui chantent dans la rue,
Quel formidable orgue de barbarie
que c'est le violon de l'un, et la viola de l'autre, et sa voix à elle !)
Parce que j'entends, je vois
J'avoue : c'est la fatigue !...